En République démocratique du Congo, le parti présidentiel accélère le pas sur le chantier du changement de la Constitution. Devant les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) réunis dimanche 17 mai à Kinshasa, le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a formellement remis la question sur la table. Mais avec une proposition inédite : abandonner la loi fondamentale actuelle au profit du texte issu de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992.
C’est une véritable offensive politique qu’a lancée Augustin Kabuya face à la base de l’UDPS. Alors que le débat sur un changement de Constitution agite la scène politique congolaise depuis plusieurs mois, le parti au pouvoir précise désormais sa trajectoire. Il ne s’agit plus seulement de réformer l’actuel texte de 2006, mais d’opérer un saut dans le passé pour ressusciter le projet constitutionnel de 1992.
Le choix du « consensus » contre « l’influence extérieure»
Pour justifier ce choix, le secrétaire général de l’UDPS met en avant la légitimité historique et la souveraineté du texte de la CNS. Selon lui, la Constitution en vigueur – rédigée sous la transition post-guerre et adoptée par référendum en 2005 – porterait les stigmates d’influences étrangères. À l’inverse, le projet de 1992 incarnerait l’esprit d’un consensus purement congolais.
« Nous devons reprendre la Constitution de 1992, rédigée sans pression par tous les Congolais lors de la Conférence nationale souveraine », a martelé Augustin Kabuya.
Pour appuyer son argumentaire, le leader de l’UDPS a convoqué des figures ecclésiastiques majeures, rappelant que les travaux de l’époque étaient dirigés par le défunt et très respecté cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans une adresse aux accents de défi, il a directement interpellé l’actuel archevêque de Kinshasa, critique régulier du pouvoir : « Le cardinal Fridolin Ambongo doit en avoir une copie. Nous allons adapter cette Constitution à nos réalités. »
Un agenda politique qui crispe l’opposition
Cette sortie vient confirmer que la modification de l’ordre constitutionnel reste une priorité absolue pour le camp de Félix Tshisekedi, malgré les vives réticences de la société civile et de l’opposition. Cette dernière y voit une manœuvre destinée à faire sauter le verrou limitant le nombre de mandats présidentiels.
En proposant de « moderniser » le texte de 1992 plutôt que de modifier l’actuel, l’UDPS tente de couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs en s’alignant sur un héritage démocratique populaire. Reste à savoir si cette stratégie mémorielle suffira à convaincre une opinion publique profondément divisée sur la nécessité de toucher à la loi fondamentale.
Enock Mwaka







