
Une controverse autour d’une opération foncière menée au village Kongbe, dans le groupement Bugutali, en chefferie Mari-Minza, territoire de Watsa, prend une nouvelle tournure.
La Mutualité Mari-Minza d’abord, MUMAD, qui affirme défendre les intérêts et les droits de la communauté Manvu, dénonce ce qu’elle qualifie de tracasserie foncière à la suite d’une opération de lotissement qui aurait été réalisée sans consultation préalable des autorités coutumières locales.
Selon la MUMAD, une équipe des services techniques du territoire de Watsa se serait rendue à Kongbe pour procéder à des travaux de lotissement.
La mutualité affirme que ces travaux auraient été effectués alors que le chef de la chefferie Mari-Minza se trouvait en mission de service à Isiro. Le chef du village concerné, ajoute-t-elle, n’aurait été informé qu’après l’exécution des travaux.
La MUMAD s’interroge ainsi sur la base administrative de cette opération, le mandat des agents intervenus sur le terrain et le respect des prérogatives des autorités coutumières.
Dans le cadre de ses investigations, Soso ya Mboka a pris connaissance d’un document présenté comme un ordre de mission daté du 12 septembre 2026.
Le document porte les noms de trois personnes :
– Jean-Vianney Dhelo, chef de service ;
– Ir Bienvenue Ngone, technicien en Urbanisme et Habitat ;
– Madiwi Martin, technicien du Cadastre.
Le document est présenté comme ayant été signé au nom de l’Administrateur du territoire de Watsa, Dieudonné Magayi Misa.
Cette pièce semblait donc apporter un élément documentaire permettant de comprendre le cadre administratif de l’opération dénoncée par la MUMAD.
Mais l’Administrateur du territoire conteste catégoriquement l’authenticité de ce document.
Joint au téléphone par Soso ya Mboka, alors qu’il se trouve à Isiro, Dieudonné Magayi Misa affirme être en déplacement depuis environ un mois.
Il précise que, le 12 septembre 2026, date portée sur le document, il ne se trouvait même pas au chef-lieu du territoire.
L’Administrateur du territoire affirme également ne pas reconnaître le document pour plusieurs raisons.
Première anomalie relevée par lui : l’en-tête du document porte le titre « Arrêté », alors que, selon ses explications, l’Administrateur du territoire agit dans ce type de procédure par décision, et non par arrêté.
Deuxième élément soulevé : le sceau apposé sur le document porterait le nom du Gouverneur de province, ce qui, selon l’Administrateur du territoire, ne correspond pas au sceau qui devrait être utilisé pour un acte émanant de son administration.
Enfin, Dieudonné Magayi Misa affirme que la signature figurant sur le document n’est ni la sienne ni celle de son adjoint, lequel assure actuellement l’intérim à l’Administration du territoire.
Sur cette base, l’Administrateur du territoire déclare ne pas reconnaître l’authenticité de cet ordre de mission.
Il affirme par ailleurs envisager de porter plainte pour faux et usage de faux contre les personnes qu’il considère comme étant à l’origine de ce document, une démarche qui devra, le cas échéant, permettre aux autorités compétentes d’établir l’authenticité ou non de la pièce.
Autre élément important : le nom de Madiwi Martin, technicien du Cadastre, figure sur l’ordre de mission contesté.
Pourtant, Joseph Misa, chef de division du Cadastre à Watsa, contacté par notre rédaction, affirme n’avoir été « ni de près ni de loin » associé aux travaux dénoncés à Kongbe.
Il précise également qu’il n’a envoyé aucun agent du Cadastre à Kongbe pour effectuer cette opération.
Joseph Misa reconnaît cependant qu’un travail cadastral est actuellement réalisé dans le cadre du processus de réinstallation des personnes affectées par le projet de Giro Goldfields.
Il distingue donc l’existence de ce travail cadastral lié au processus de réinstallation de l’opération particulière dénoncée par la MUMAD à Kongbe.
Cette controverse intervient dans un contexte foncier particulièrement sensible dans la zone de Kongbe.
Le village est concerné par le processus de réinstallation des personnes affectées par les activités du projet minier de Giro Goldfields.
Dès lors, une question centrale se pose : les travaux dénoncés par la MUMAD correspondent-ils à des opérations cadastrales liées à la préparation du site de réinstallation ou relèvent-ils d’une autre initiative ?
La réponse passe notamment par l’identification du service ayant effectivement commandé et exécuté les travaux, ainsi que par la vérification des documents administratifs qui les encadrent.
Jean-Vianney Dhelo, dernier responsable attendu
À ce stade, Soso ya Mboka a pu recueillir les réactions de deux responsables directement concernés par cette affaire.
Dieudonné Magayi Misa, Administrateur du territoire de Watsa, conteste l’authenticité de l’ordre de mission et affirme ne pas l’avoir signé.
Joseph Misa, chef de division du Cadastre, nie pour sa part avoir envoyé des agents du Cadastre à Kongbe.
Il reste désormais à recueillir la réaction de Jean-Vianney Dhelo, chef de service de l’Urbanisme et Habitat, dont le nom figure en première position sur le document présenté comme l’ordre de mission du 12 septembre 2026.
Tous les efforts entrepris par Soso ya Mboka pour entrer en contact avec Jean-Vianney Dhelo n’ont pas encore abouti au moment de la publication.
Son point de vue reste donc attendu, notamment sur sa présence éventuelle à Kongbe, la nature des travaux effectués, les circonstances dans lesquelles son nom apparaît sur le document et l’origine de l’ordre de mission contesté.
Au regard des différentes versions recueillies, plusieurs questions demeurent ouvertes :
Qui a effectivement ordonné les travaux réalisés à Kongbe ?
Qui a envoyé les agents présents sur le terrain ?
Quel était exactement le cadre administratif de leur mission ?
Pourquoi un document présenté comme un ordre de mission porte-t-il l’intitulé « Arrêté » ?
Pourquoi le sceau mentionné par l’Administrateur du territoire porte-t-il le nom du Gouverneur ?
Qui a apposé la signature figurant sur le document ?
Et quel est le lien exact entre ces travaux et le processus de réinstallation des personnes affectées par le projet de Giro Goldfields ?
Pour l’heure, il serait prématuré de conclure à un faux document. L’authenticité de la pièce est précisément l’un des éléments qui devront être établis.
La plainte annoncée par l’Administrateur du territoire, si elle est effectivement déposée, pourrait permettre aux autorités compétentes de procéder aux vérifications nécessaires.
Soso ya Mboka reste disposée à publier tout droit de réponse, document officiel ou élément nouveau permettant d’éclairer l’opinion.
Amisi Walum







