RDC : comment la Cenco tente de contenir les ambitions de réforme constitutionnelle du pouvoir

« Le pays va très mal. Mettons-nous debout, dressons nos fronts encore courbés… il est impérieux de nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps », c’est à travers cette déclaration que la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (Cenco) a mobilisé la population contre le changement de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC). À l’issue de son assemblée plénière tenue du 18 au 20 juin 2026 à Kinshasa, l’épiscopat a fermement rejeté tout projet de révision de la Loi fondamentale. Pour les Evêques catholiques, cette initiative du pouvoir, dépourvue de toute nécessité, fait courir au pays des risques majeurs de déstabilisation et de « balkanisation ». Un appel à la vigilance citoyenne a été lancé pour barrer la route à ce qui est perçu comme une manœuvre visant à offriruntroisièmemandant au présidentFélixTshisekedi.

​« Ni nécessité, ni urgence, ni opportunité ». C’est par ces mots, tranchés, que l’Abbé Donatien Nshole, Secrétaire général de la Cenco, a résumé la position de l’épiscopat congolais. Réunis à Kinshasa du 18 au 20 juin 2026, les prélats  catholiques ont exprimé leur opposition frontale à toute modification de la Constitution de 2006.

Dans une déclaration rendue publique à la clôture des travaux, ils ont appelé les Congolais à s’opposer, « par tous les moyens légaux et pacifiques », au changement de la Constitution.

D’après eux, l’argumentaire du pouvoir — qui justifie cette réforme par la nécessité d’adapter le texte aux réalités du pays — ne convainc pas. La Cenco craint qu’un tel projet ne serve de prétexte pour prolonger les mandats de l’actuel président, Félix Tshisekedi.

« Offrir un autre cycle de mandats à l’actuel Président de la République (…) serait une rupture du Pacte républicain, qui est un compromis politique historique, chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance», selon les Évêques.

« Nous pensons que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes dans la balkanisation du pays (…)», ont-ils prévenu.

Face à cette situation, l’épiscopat appelle le président Félix Tshisekedi à respecter le serment prêté lors de son investiture, notamment celui de défendre et de respecter la Constitution actuellement en vigueur.

Pour la Cenco, le véritable chantier de la RDC est ailleurs. « La priorité aujourd’hui en RD Congo c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale », rappellent les Évêques.

La Cenco dénonce par ailleurs un climat politique de plus en plus tendu autour du débat constitutionnel. Les Evêques évoquent des pressions exercées contre certaines voix critiques, y compris au sein de la majorité présidentielle, ainsi que la répression de manifestations de l’opposition. Ils accusent également la Police nationale Congolaise (PNC) d’agir, dans certains cas, avec le soutien de la « Force du progrès», un groupe des milices affiliés au parti au pouvoir, Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Ebola et insécurité : les autres préoccupations de l’épiscopat

Les prélats catholiques se sont également inquiétés de la résurgence de la maladie à virus Ebola dans certaines régions du pays. Ils ont présenté leurs condoléances aux familles touchées, salué le travail des équipes engagées dans la riposte sanitaire et appelé la population au respect des mesures de prévention.

La Cenco a enfin exprimé sa préoccupation face à la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, mais aussi à la multiplication des violences dans plusieurs centres urbains.

Les Evêques ont dénoncé notamment la manipulation de jeunes enrôlés dans des groupes assimilés à des milices, accusés de semer la terreur et d’imposer illégalement des taxes aux populations.

« Si nous n’y prenons garde, nous assisterons à des affrontements interurbains ou interethniques que personne ne saura maîtriser », ont-ils averti.

Enock Mwaka

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