Sanctions américaines contre le Rwanda :  Denis Mukwege appelle l’Union européenne à frapper à son tour Kigali

Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, a salué l’imposition de nouvelles sanctions américaines contre le Rwanda, tout en appelant à une mobilisation internationale plus large pour mettre fin à la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.

Dans une déclaration datée du 3 mars 2026, le médecin congolais estime que « la guerre illégale d’agression et d’occupation menée par Kigali et ses alliés du M23 depuis novembre 2021 dans l’Est de la RDC pourrait se terminer rapidement », si la pression internationale s’intensifie.

Des sanctions américaines ciblées

Le 2 mars, le Département du Trésor des États-Unis a imposé des sanctions visant les Rwanda Defence Force (RDF) ainsi que quatre officiers supérieurs de l’armée rwandaise, accusés d’implication dans l’instabilité persistante au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Pour Denis Mukwege, cette décision de Washington est un signal fort :

« Nous aspirons à ce que la décision de Washington contribue à une modification du rapport de force sur le terrain. »


Il rappelle que le Rwanda, « largement dépendant de l’aide étrangère », demeure vulnérable aux pressions internationales.

Mais le lauréat du Nobel prévient :

« Ces sanctions du Trésor américain sont nécessaires mais non suffisantes. »


Dans son communiqué, Denis Mukwege appelle « l’ensemble des partenaires internationaux » à reconsidérer leurs relations avec Kigali et à adopter des sanctions coordonnées, afin d’isoler « politiquement, diplomatiquement et économiquement le régime agresseur ».

Selon lui, l’objectif est de garantir l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, le retrait de l’armée rwandaise du territoire congolais et la fin du soutien au M23.

Le Prix Nobel insiste également sur la nécessité de démanteler les administrations parallèles mises en place dans les zones sous contrôle des rebelles.

L’ONU interpellée

Alors que les États-Unis restent le principal bailleur des missions onusiennes, Denis Mukwege estime que ces sanctions devraient avoir des conséquences au sein même des Nations unies.

« Il est inacceptable pour les Nations unies d’employer une armée qui se distingue depuis 30 ans dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs africains », déclare-t-il.


Il cite notamment le rapport Mapping, les rapports successifs du Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC ainsi que plusieurs enquêtes d’organisations de la société civile documentant des violations graves du droit international humanitaire et des droits humains.

Selon lui, le Rwanda ne devrait plus être maintenu comme pays contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix.

L’Europe appelée à agir

Denis Mukwege exhorte également l’Union européenne et plusieurs États membres, dont la France et la Pologne, à suspendre « sans plus tarder » leur coopération sécuritaire et militaire avec Kigali, ainsi qu’à geler l’aide budgétaire directe au Rwanda.

« La communauté des États ne peut continuer à laisser le régime criminel de Kigali défier le droit international sans réaction sérieuse », affirme-t-il.


Pour le médecin congolais, seule « une volonté politique forte », visant y compris « les plus hauts responsables », permettra de favoriser une sortie de crise durable et de mettre fin à la catastrophe sécuritaire et humanitaire qui frappe l’est de la RDC depuis des décennies.

Denis Mukwege se dit convaincu que « le respect du droit international doit prévaloir pour restaurer la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs africains ».

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