En République démocratique du Congo, le débat sur un éventuel dialogue national s’envenime. Si le président Félix Tshisekedi s’est dit ouvert à cette initiative, tout en y fixant des conditions préalables, le parti ENVOL de l’opposant Delly Sesanga a, de son côté, exprimé ses réserves, tant sur le fond que sur la méthode de cette approche censée consolider la cohésion nationale.
Dans un communiqué publié ce mardi 03 février, il met en garde contre « les dialogues de circonstance, utilisés comme des outils conjoncturels destinés à désamorcer des pressions internes ou externes, de renforcer un pouvoir, sans volonté réelle de réforme ni remise en question des pratiques de gouvernance. »
« Un dialogue crédible ne peut dès lors être conçu comme un mécanisme de validation du statu quo, mais comme un cadre permettant, de manière inclusive, de traiter les causes structurelles des tensions actuelles », précise le parti ENVOL.
En fixant ses conditions — pas de rencontre à l’étranger, respect strict du cadre institutionnel et exclusion des acteurs qui ont commis des crimes envers les populations congolaises— le chef de l’État a, selon le camp Sesanga, « altéré l’esprit » même d’une véritable concertation nationale.
Le parti ENVOL affirme que la proposition de dialogue politique « sous conditions » « ne répond ni aux exigences démocratiques, ni aux attentes légitimes du peuple congolais. »
« Par nature, un dialogue politique authentique repose sur la liberté de participation, l’égalité des parties et la reconnaissance mutuelle des acteurs. Le subordonner à des conditions arrêtées unilatéralement par une seule partie revient à en altérer l’esprit et à le réduire à un exercice de communication encadré, éloigné d’une véritable concertation nationale », a-t-il estimé.
« Le dialogue inclusif est un acte de responsabilité politique qui a vocation à rassembler l’ensemble des parties prenantes de la vie publique nationale, afin d’aborder sereinement les problèmes du pays et de rechercher une issue durable à la crise, dans un esprit de concorde et de cohésion nationales », a-t-il ajouté.
Selon le camp Sesanga, le dialogue n’a de sens que s’il contribue à mettre fin à la guerre et à restaurer la confiance en interne pour conforter les Institutions autour de la cohésion nationale.
Les quatre piliers d’un dialogue authentique
Pour que ce dialogue soit « utile et porteur de solutions » face à la crise actuelle, le parti ENVOL dresse une liste d’exigences précises, notamment :
(i) Une définition concertée de son cadre, de ses objectifs et de ses modalités ;
(ii) Une inclusivité réelle, excluant toute mise à l’écart arbitraire d’acteurs politiques ou sociaux ;
(iii)) Des garanties crédibles d’indépendance, tant dans la facilitation que dans le suivi des conclusions ;
(iv)Un engagement clair de mise en œuvre des recommandations issues du dialogue.
Halte à « un vernis institutionnel »
Pour les partisans de Delly Sesanga, l’argument de la légitimité des institutions brandi par le regime au pouvoir ne suffit plus à masquer la profondeur de la crise.
« Dans un contexte marqué par une crise persistante de confiance politique, un affaiblissement du crédit des institutions, des tensions sociales accrues et des fractures politiques profondes, la légitimité électorale, aussi essentielle soit-elle, ne peut suffire à elle seule à clore toute discussion nationale. L’invocation d’un vernis institutionnel ne saurait masquer l’ampleur de la crise globale qui affecte la Nation », ont-ils martelé.
« Ceux qui invoquent la légitimité des institutions pour restreindre le dialogue s’enferment dans un déni politique, dès lors qu’à l’horizon de 2028, aucune institution ne saurait durablement prospérer sur le terrain de la légitimité en dehors d’un renouvellement démocratique issu des élections », ont-ils souligné.







