Initialement prévu ce lundi 12 janvier devant le ministère de l’Intérieur, le sit-in des professeurs de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) destiné à dénoncer l’assassinat, jeudi 8 janvier, de Matthieu Abata, enseignant à la Faculté des Lettres de cet alma mater, a été annulé. Cette décision fait suite à une audience tenue dimanche 11 janvier entre le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, et une délégation de l’Association des professeurs de l’Université de Kinshasa (APUKIN).
Au cours de cette rencontre, le ministre a rassuré ses interlocuteurs sur le renforcement des dispositifs de sécurité sur le campus universitaire et ses environs.
S’exprimant à l’issue de l’audience, le professeur David Lubo a salué l’écoute attentive et les assurances données par le patron de la sécurité intérieure.
Le professeur Matthieu Abata Diaba a été froidement assassiné chez lui à Kinshasa par des présumés criminels.
Selon les informations recueillies auprès de membres de la famille, six hommes armés ont fait irruption dans parcelle de l’illustre disparu. Ils ont enfoncé la porte d’entrée de la maison avant de pénétrer dans le salon.
Les assaillants ont exigé des biens de valeur sous la menace des armes. La famille a remis environ 7 000 dollars américains ainsi qu’une chaînette en or.
Malgré cela, avant de prendre la fuite,
l’un des bourreaux a ouvert le feu sur le professeur. Grièvement atteint, Matthieu Abata n’a pas survécu à ses blessures.
Un nouvel épisode dramatique
Le drame ne s’arrête pas là. Le lendemain, un des suspects revient, sous couvert de condoléances, pour s’enquérir du butin. Reconnu par l’une des filles du professeur, il est maîtrisé, puis relâché par inadvertance. En tentant de se cacher dans une autre maison, il se serait poignardé au ventre avant d’être capturé par une foule en colère. La police est finalement intervenue pour disperser la population et transférer le corps du suspect à la morgue.
Réaction du gouvernement et soutien à la famille
Si dans un dans un communiqué officiel le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et innovations (ESURSI) a confirmé ce crime et a précisé que la dépouille du professeur Abata a été acheminée à la morgue des Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK), la ministre de tutelle, la professeure Marie-Thérèse Sombo, a condamné un acte « odieux » qui endeuille à la fois la communauté universitaire, scientifique et l’ensemble de la nation, assurant que les autorités sécuritaires et judiciaires ont été saisies pour faire la lumière sur ce crime d’extrême cruauté.
Accompagnée du ministre de l’Intérieur, de plusieurs responsables du secteur et de chefs d’établissements de la ville, dont le Recteur de l’UNIKIN et la Directrice générale de l’Institut supérieur des techniques médicales de Kinshasa (ISTM-KIN), elle s’est rendue au domicile du feu professeur Abata pour évaluer la situation et exprimer son soutien à la famille éplorée.
L’APUKIN prend des mesures draconiennes
Réunie le vendredi 9 janvier autour de ce drame qualifié de « lâche et barbare », l’Association des professeurs de l’Université de Kinshasa (APUKIN) s’est dit « consternée et meurtrie ».
À l’issue des échanges, les professeurs ont adopté, à la majorité absolue, plusieurs résolutions visant à rendre hommage à l’illustre disparu, à soutenir sa famille et à interpeller les autorités sur l’insécurité qui touche le monde académique.
Parmi les principales mesures, figure la suspension des activités académiques à l’Université de Kinshasa, du vendredi 9 au mardi 13 janvier, avec une reprise prévue le mercredi 14 janvier.
L’APUKIN envisageait organisé ce jour un sit-in « pacifique et déterminé» devant le ministère de l’Intérieur.
Dans son communiqué, l’Association exige de l’État la sécurisation immédiate et permanente du domicile du défunt pendant toute la période de deuil, ainsi que la prise en charge intégrale de la scolarité de tous ses enfants jusqu’à l’achèvement des études du cadet.
Elle demande en outre que les obsèques solennelles du professeur Abata se tiennent au Palais du Peuple, et que le choix du lieu de sépulture soit décidé en concertation directe avec le ministre de l’Intérieur.
L’APUKIN réclame également l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante, l’arrestation des auteurs et des commanditaires de ce meurtre, ainsi que leur jugement exemplaire.
L’association a, par ailleurs, annoncé que le 8 janvier de chaque année sera désormais déclaré « Journée de l’APUKIN », dédiée au souvenir, à la mobilisation et à la vigilance face à l’insécurité qui menace le monde académique congolais.







